201806GemenneLe 5 juin, la semaine du développement durable s’est conclue à la Fondation Edith Seltzer, par la conférence de François Gemenne « L’impact du changement climatique sur les phénomènes migratoires » organisée en partenariat avec le théâtre du Briançonnais. Une soixantaine de personnes y ont participé. Un contenu rigoureux et étayé par des données climatiques et migratoires objectives aboutissant à un constat d’urgence. Dérèglement climatique et migrations : deux défis majeurs du XXIè siècle. 

Invitation à la réflexion

La Fondation Edith Seltzer, en partenariat avec le théâtre du Briançonnais, a décidé cette année d’inviter un spécialiste afin de mieux comprendre comment les phénomènes migratoires vont s’inscrire dans la durée en les regardant sous le prisme bien particulier du changement climatique.

Le réchauffement climatique

L’impact des rejets de carbone et de gaz à effet de serre dans l’atmosphère n’a de conséquences que 50 ans après leurs émissions. Nous subissons donc aujourd’hui les effets de ce qui a été produit dans les années 70. Or nos émissions continuent chaque année de progresser. Il est toutefois très complexe de sensibiliser les populations à une économie plus sobre quand les effets ne se produisent que 2 générations plus tard. Aujourd’hui, si rien n’est fait, le scénario du pire va se réaliser : une augmentation de la température de +4° en 2100.

Les phénomènes migratoires

Selon les chiffres communiqués par François Gemenne, le pourcentage de population amenée à migrer reste stable dans le temps (environ 3% de la population mondiale).

Chaque année 26 millions de migrants sont jetés sur les routes pour des raisons climatiques et 6 millions pour des raisons politiques (guerres, privation de liberté, persécution…). Aujourd’hui les facteurs déclencheurs de la migration sont multiples et imbriqués. Les classifications (migrants économiques, politiques…) élaborées dans les années 50 sont dépassées. Les situations sont complexes. En effet, le paysan, dans un pays en conflit, ruiné par la sécheresse est-il un migrant économique, climatique ou politique ?

Deux constats

Les pays industrialisés et développés sont les principaux responsables du réchauffement actuel alors que les effets sont essentiellement subis par les pays les plus fragiles et en voie de développement.

Les migrations ne vont pas s’arrêter. La construction de murs ou de frontières sont des chimères et n’ont comme conséquence que de pousser les exilés vers des routes toujours plus dangereuses au péril de leur vie.

Des prémices de solution ?

Deux pistes ont été évoquées :

  • Adopter une véritable stratégie d’accueil qui ne soit pas dictée par les enjeux à court terme en assumant notre responsabilité de pays développé à l’origine des principaux dérèglements climatiques.
  • S’appuyer sur nos institutions supranationales telles que l’Union Européenne (plus grand rassemblement de pays démocratiques au monde) pour créer une véritable politique d’accueil concertée.

François Gemenne : un chercheur qui va sur le terrain

Spécialiste des questions de géopolitique de l’environnement et des migrations, François Gemenne est chercheur qualifié du FNRS à l’Université de Liège, où il dirige l’Observatoire Hugo. Il est aussi co-directeur avec Bastien Alex de l’Observatoire Défense et Climat du Ministère de la Défense, établi à l’IRIS. Il enseigne les politiques d’environnement et les migrations internationales à Sciences Po Paris et Grenoble, et à l’Université Libre de Bruxelles, où il est le titulaire de la Chaire Bernheim « Paix et Citoyenneté ».

Ses recherches sont essentiellement consacrées à la gouvernance internationale des migrations et du changement climatique. Il a beaucoup travaillé sur les déplacements de populations liés aux changements de l’environnement, notamment aux catastrophes naturelles, ainsi qu’aux politiques d’adaptation au changement climatique. Il a effectué de nombreuses études de terrain, notamment à La Nouvelle-Orléans après l’ouragan Katrina, dans l’archipel de Tuvalu, en Chine, au Kirghizstan, aux Maldives, à l’île Maurice et au Japon après la catastrophe de Fukushima.

Par ailleurs, il est directeur du domaine « Développement durable » aux Presses de Sciences Po.

Dès 2009, il écrit un ouvrage « Géopolitique et changement climatique » (Armand Collin) où il annonce « le changement climatique est aujourd’hui devenu un sujet de politique internationale dont les enjeux dépassent largement la seule question écologique pour englober l’ensemble des équilibres mondiaux, et notamment des rapports Nord-Sud. »

 

Pour toute information vous pouvez contacter

Marie Christine HOLLANDER, chargée de communication Tel : 04 92 25 58 06

Mail : qualitecom@fondationseltzer.fr